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daniel - Page 37

  • 22 janvier...

    yalou2.jpg
    Jamais je ne saurai si le ciel avait été gris ou bleu ce jour-là. Si cela avait été un matin, une après-midi ou un soir. Si une foule s’était pressée ou non sur ce quai, quand accosta ton bateau. Jamais tu ne m’en avais parlé. Exception faite de ce jour où, je me souviens, au cours de l’une de nos trop rares conversations, tu m’avais glissé, un peu comme un aveu, que la traversée avait été plus que pénible et qu’ils avaient dû t’hospitaliser à ton arrivée à Marseille. Tu étais malade et tu te laissais mourir. Le chagrin provoqué par le mal du pays, qu’ils t’avaient forcé à quitter, était si fort que toute lutte te semblait vaine. Tu m’avais dit encore que tu avais surmonté le gouffre noir, grâce à l’un de tes amis, compagnon d’infortune, soutien de la dernière chance. Il avait su trouver les mots justes pour te remonter le moral et tu avais fini par te réalimenter. La suite avait été un mystère. J’étais bien trop jeune pour te questionner. Quand bien même, m’aurais-tu répondu ?

    Aujourd’hui, sachant quel a été ton destin et quelles ont été les conditions de vie terribles que tu partageas avec ces milliers d’autres qui t’accompagnèrent sur cette terre de France, je sais que tu te serais tu. Jamais tu n’as brisé ce silence pendant nos trop courtes années de vie commune. Quand tu es parti, il ne me restait que quelques vieilles photographies pour témoigner de ton passage. Elles donnaient, comme bien souvent c’est le cas, une impression de quiétude mais masquaient, elles comme toi, la réalité de cette tragédie qu’avait été cette partie si douloureuse de ta vie.

    Il y a soixante-dix ans, jour pour jour, tu débarquais en France pour contribuer, doux euphémisme, à l’effort de guerre, toi jeune homme, toi, mon père.


    22/01/10 - ©dh


    Photo du cargo au nom de Yalou dans lequel mon père fit probablement* le voyage pour la France - collection Albert-Jean Pund. *Deux bateaux arrivèrent à Marseille le 22 janvier 1940 après plus de trente jours de navigation : le Sikiang et le Yalou

  • Haiku 47 - résolutions

     

    les résolutions
    qui jamais ne sont prises
    restent les meilleures

     

     

    05/01/10 - ©dh

  • Remember Walt...

    ciel_walt.jpgLes jours passent... Les jours lassent... Un pas s’avance et s’ajuste avec lenteur devant l’autre...
    Glissent en silence les paquets de nuages sur fond d’horizon d’un soleil flamboyant, délire magistral d’une alchimie que seule la nature peut créer. Mille feux rougeoyants, mille ors fondants vers des blancs immaculés. Et mon imagination vagabonde vers ces contrées. Là-bas, au pays des châteaux magnifiques, où le pourpre, le satin, le marbre blanc et le porphyre font loi. Châteaux sertis, telles des pierres précieuses, dans d’immenses parcs luxuriants aux larges allées tantôt rectilignes, tantôt sinueuses à la rencontre d’arbres vénérables aux empennages débordants. En ces lieux ne règne qu’une seule saison qui ne porte aucun nom. Le froid, la canicule y sont inconnus. Même la pluie se fait discrète en ne tombant que très rarement, la nuit, pendant le sommeil des vivants. Un vent doux et puissant secoue la canopée environnante faisant frissonner de contentement cette nature au sommet de sa plénitude.

    Sur le perron d’un de ces châteaux, se tient une gente dame serrant dans ses mains, blottie contre son cœur, une tourterelle blanche. Retenant l’oiseau jusqu’à l’ultime seconde de sa prière silencieuse, elle étend ses deux bras à l’horizontale. Deux longues mains fines s’ouvrent subitement libérant le dépositaire de ses vœux secrets. D’un battement d’ailes énergique le messager s’envole très haut en une majestueuse courbe donnant l’impression du retour pour finalement se raviser et disparaître, se fondant dans l’éclatant lointain...



    21/12/09 - ©dh

  • Haiku 46 - noël

     

    noël au dehors
    avec une bûche glacée
    c'est vraiment flocon

     

     

    15/12/09 - ©dh

  • Haiku 45 - l'hirondelle

     

    parabolique
    le vol de cette hirondelle
    ainsi va la vie

     

     

    12/11/09 - ©dh

  • Haiku 44 - eldorado

     

    eldorado si
    tu te caches dans les yeux
    les yeux de l'amour

     

     

    27/10/09 - ©dh

  • Silence

    paysage.jpg 

    sans même crier gare
    il s’étale et s’impose
    le changement est si brutal
    que mon cœur en est surpris
    lui qui bat à rythme rapide
    chute instantanément
    aspiré par le vide présent
    le silence vient de s’inviter
    laissant aux molécules seules
    le droit de s’entrechoquer
    pour une hypothétique cacophonie
    dans leur monde infinitésimal
    de longs moments
    prolongent de longs moments
    et s'écoule la clepsydre
    de mon horloge vasculaire
    et monte à mes oreilles
    le bruit d'un flot
    où sourd cette angoisse
    allant crescendo
    jusqu'à emporter
    le primo soulagement
    et se ressent ce manque
    le regret du bruit de la vie
    dès lors ne supportant plus
    ce trop pesant remplaçant
    et après une ultime hésitation
    jaillit ce cri renaissance
    mettant fin à l’hégémonie
    de cet autocrate silence

     

    21/10/09 - ©dh

  • Souvenir

    lilas.jpg

    Il est dans la vie des instants, heureux ou malheureux, qui laissent en chacun de nous des traces indélébiles. Bien souvent, il en est une qui prédomine. Flotte dans ma mémoire, dans ce marais que sont mes souvenirs, une image revenant de manière récurrente sans que rien ne l’appelle à se manifester. Jamais je n’ai cherché à m’en débarrasser dans le gouffre de l’oubli. Elle ne me dérange pas plus que cela. Elle fait partie de ces choses passées à l’ordinaire pour lesquelles l’indifférence est de mise, de ces objets que l’on côtoie depuis si longtemps qu’il arrive de ne plus les voir bien que, structurellement, ils soient bien là.

    Cette image me ramène immanquablement à une rue, un bout de jardin, un lilas en fleur. Je me souviens de ce matin où, enfant je m’étais arrêté devant ce lilas. Je l’avais contemplé, l’espace de quelques secondes, avant de reprendre ma promenade. Il était planté dans un modeste jardin qui bordait une maison grise et banale. Aucun événement fortuit n’avait marqué cet instant. Vraiment rien qui puisse capter mon attention, capable à ce point d'imprégner ma mémoire.

    Des massifs de lilas à longues tiges ployant sous le poids de fleurs épanouies blanc mauve, rehaussées du vert délicat et profond de leur feuillage, embaumant tout l’alentour de subtiles fragrances, il m’en a été donné d’en voir, d’en humer par centaines. De ceux-là, je n’ai gardé que des souvenirs visuels et olfactifs qui me permettent d’en parler aujourd’hui. Mais aucune rencontre végétale, animale ou humaine ne m’a laissé une empreinte aussi précise, aussi récurrente dans ses apparitions et, surtout, aussi énigmatique par son prosaïsme. Non, la terre n’a pas tremblé ce jour-là et je ne crois pas qu’un alignement de planètes ou un thaumaturge aurait influé sur cette imprégnation d’image. Je me souviens et ne cherche point d'explication à l’éventuelle signification de cette itération visuelle. La vie m’a appris que l’ordinaire, aussi, avait le droit d’exister.

     

    08/10/09 - ©dh

  • Haiku 43 - passé

     

    roule en mémoire
    le caillou rond prisonnier
    du chemin passé

     

     

    06/10/09 - ©dh

  • Haiku 42 - variation

     

    blanche la nuit noire
    de l'aigri au matin blanc
    où plus rien n'est gris

     

     

    29/09/09 - ©dh

  • Haiku 41 - vain cœur

     

    cœur tendre en pleurs
    au petit matin tremblant
    vain cœur de la nuit

     

     

    28/09/09 - ©dh

  • Haiku 40 - langueur

     

    comme un dimanche
    où s'égrène ce temps lent
    rythmé par Satie

     

     

    08/09/09 - ©dh