08 février 2010

Dans ce jardin

dans ce jardin

le temps se fait calme

et le vent s'endort

se joue alors

la douce musique

des feuilles

au sol tombant



dans ce jardin

à la rosée du matin

s'offrent les fleurs

et au premier rayon venu

sur le tendre tapis vert

du bord de la fontaine

s'ébrouent les petits princes



dans ce jardin

la nappe blanche est mise

pour une grande fête désertée

et seul en livrée noire

un majordome sautille

cherchant au milieu de la toile

le nombre d'or perdu



dans ce jardin

des après-midis conquérants

bruissent les frondaisons

et à l'ombre généreuse

des grands arbres

se couchent avec bonheur

les amoureux reconnaissants




08/02/10 - © dh

05 février 2010

La dune

tempête.jpg

La mer fait le gros dos. La grève sert de déversoir à d'énormes rouleaux gris marron. Le grondement est assourdissant. De rage, la mer recouvre tous les galets de la plage d'une écume blanchâtre. Le vent, monstrueusement puissant, fait valoir ses droits à la grande dune qui surplombe ce petit coin du littoral. L'endroit, rareté pittoresque, se trouve coincé entre une forêt de pins et de chênes et un minuscule bourg où se serrent une poignée de maisons basses et massives, couvertes de lauzes. Sifflant de rage, l'enfant d'Eole arrache à l'imposante dune d'incroyables quantités de sable, les projetant en écharpes tournoyantes vers un ciel patibulaire, entièrement saturé de nuages noirs.

Rien ne doit, rien ne peut faire cesser la course de ce serviteur zélé, vassal obéissant au suzerain suprême, le commandeur des forces de la nature. Rien ne semble pouvoir le contrer. De vent à tempête déclarée, il semble atteindre son paroxysme quand brusquement, comme de dépit et de renoncement face à l'ampleur de la tâche, il s'arrête. Un promeneur fourvoyé et certainement inconscient en profite pour presser le pas dans la direction du hameau. Il garde la tête engoncée dans son ciré jaune et retient sa respiration, de crainte qu'un déplacement d'air, si minime soit-il, ne rejoigne le dépité et ne l'incite à recommencer. Peine perdue, le répit ne dure pas. Agissant, par calcul, sur un éventuel relâchement de l'opposition, le vent repart de plus belle. Plus virulent et plein de fureur, c'est avec une force décuplée qu'il s'attaque maintenant aux touffes de laîche, l'indéfectible alliée de la dune. Et ce sont des paquets entiers de végétaux qui sont arrachés et emportés, transformant cet ancien havre de paix en un enfer à la vision quasi dantesque.

La pluie, bien trop impressionnée par la violence de son acolyte, évite de participer à la curée. Elle laisse le saccage aboutir. Tout à l'heure, il lui sera encore assez temps de faire preuve de quelque compassion en pleurant abondamment sur ce qui restera de la dune.


 05/02/10 - ©dh

03 février 2010

De saison

 

A l’hiver où règne le grand froid
Suit le printemps doux comme il se doit
Et quand au bel été brûlent les corps
C’est à l’automne que coule l’or

 

 

03/02/10 - ©dh

22 janvier 2010

22 janvier...

yalou2.jpg
Jamais je ne saurais si le ciel avait été gris ou bleu ce jour-là. Si cela avait été un matin, une après-midi ou un soir. Si une foule s’était pressée ou non sur ce quai quand accosta ton bateau. Jamais tu ne m’en avais parlé. Exception faite de ce jour où, je me souviens, au cours de l’une de nos trop rares conversations tu m’avais glissé, un peu comme un aveu, que la traversée avait été plus que pénible et qu’ils avaient dû t’hospitaliser à ton arrivée à Marseille. Tu étais malade et tu te laissais mourir. Le chagrin provoqué par le mal du pays, qu’ils t’avaient forcé à quitter, était si fort que toute lutte te semblait vaine. Tu m’avais dit encore que tu avais surmonté le gouffre noir grâce à l’un de tes amis, compagnon d’infortune, soutien de la dernière chance. Il avait su trouver les mots justes pour te remonter le moral et tu avais fini par te réalimenter. La suite avait été un mystère. J’étais bien trop jeune pour te questionner. Et quand bien même, m’aurais-tu répondu ?

Aujourd’hui, sachant quel a été ton destin et quelles ont été les conditions de vie terribles que tu partageas avec ces milliers d’autres qui t’accompagnèrent sur cette terre de France, je sais que tu te serais tu. Jamais tu n’as brisé ce silence pendant nos trop courtes années de vie commune. Quand tu es parti, il ne me restait que quelques vieilles photographies pour témoigner de ton passage. Elles donnaient, comme bien souvent c’est le cas, une impression de quiétude mais masquaient, elles comme toi, la réalité de cette tragédie qu’avait été cette partie si douloureuse de ta vie.

Il y a soixante-dix ans, jour pour jour, tu débarquais en France pour contribuer, doux euphémisme, à l’effort de guerre, toi jeune homme, toi, mon père.


22/01/10 - ©dh


Photo du cargo au nom de Yalou dans lequel mon père fit probablement* le voyage pour la France - collection Albert-Jean Pund. *Deux bateaux arrivèrent à Marseille le 22 janvier 1940 après plus de trente jours de navigation : le Sikiang et le Yalou

05 janvier 2010

Haïku 47 - résolutions

 

les résolutions
qui jamais ne sont prises
restent les meilleures

 

 

05/01/10 - ©dh

21 décembre 2009

Remember Walt...

ciel_walt.jpgLes jours passent... Les jours lassent... Un pas s’avance et s’ajuste avec lenteur devant l’autre...
Glissent en silence les paquets de nuages sur fond d’horizon d’un soleil flamboyant, délire magistral d’une alchimie que seule la nature peut engendrer. Mille feux rougeoyants, mille ors fondants vers des blancs immaculés. Et mon imagination vagabonde vers ces contrées. Là-bas, au pays des châteaux magnifiques, où le pourpre, le satin, le marbre blanc et le porphyre font loi. Châteaux sertis comme des pierres précieuses dans d’immenses parcs luxuriants aux larges allées tantôt rectilignes, tantôt sinueuses à la rencontre d’arbres vénérables aux empennages débordants. En ces lieux ne règne qu’une seule saison qui ne porte aucun nom. Le froid, la canicule y sont inconnus. Même la pluie se fait discrète en ne tombant que très rarement la nuit pendant le sommeil des vivants. Un vent doux et puissant secoue la canopée environnante faisant frissonner de contentement cette nature au sommet de sa plénitude.

Sur le perron d’un de ces châteaux, se tient une gente dame serrant dans ses mains, blottie contre son cœur, une tourterelle blanche. Retenant l’oiseau jusqu’à l’ultime seconde de sa prière silencieuse, elle étend ses deux bras à l’horizontale. Deux longues mains fines s’ouvrent subitement libérant le dépositaire de ses vœux secrets. D’un battement d’ailes énergique le messager s’envole très haut en une majestueuse courbe donnant l’impression du retour pour finalement se raviser et disparaître, se fondant dans l’éclatant lointain...



21/12/09 - ©dh

15 décembre 2009

Haïku 46 - noël

 

noël au dehors
avec une bûche glacée
c'est vraiment flocon

 

 

15/12/09 - ©dh

12 novembre 2009

Haïku 45 - l'hirondelle

 

parabolique
le vol de cette hirondelle
ainsi va la vie

 

 

12/11/09 - ©dh